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yan lindingre

  • Les compensations de Denis Robert

    Etonnant parcours que celui de Denis Robert, journaliste d’investigation, peintre, réalisateur, mais surtout écrivain.

    Journaliste au quotidien Libération, il le quitte en 1995 après 12 ans de collaboration pour écrire des livres sur le monde de la finance, la justice, et le journalisme. Son premier titre sera « Pendant les "affaires", les affaires continuent » (Stock et Livre de Poche).

    En 2001, dans « Révélation$ »,  il s’attaque à la chambre de compensation financière Clearstream, l’accusant d’activités de blanchiment d’argent. Combat du pot de terre contre le pot de fer, pendant dix ans il sera l’objet de nombreuses attaques et de procès pour tenter de le décrédibiliser. Durant toute cette période, il sera soutenu par son éditeur Les Arènes et par Canal+, pour qui il a réalisé plusieurs enquêtes sur le sujet.

    Couv_235609.jpgIl a raconté ce combat dans « La Boîte noire » (Les Arènes, 2002) et « Tout Clearstream » (Les Arènes, 2011). En 2009, l’histoire fait l’objet d’une bande dessinée réalisée avec la participation de Yan Lindingre pour le découpage et de Laurent Astier pour les dessins (« L’affaire des affaires »). Début 2015, les éditions Dargaud ont réuni les trois tomes en un seul volume à l’occasion de la sortie du film « L’Enquête », tiré de l’affaire. En 2010, il sera relaxé de toutes les poursuites engagées contre lui, la justice lui donnant raison sur tout ce qu’il a écrit et estimant qu’il n’a fait que son métier de journaliste.

    Denis Robert est également romancier et a publié onze titres, dont « Le bonheur », « Le milieu du terrain », sur le monde du football, et en 2013, « Vue imprenable sur la folie du monde » (Les Arènes).

    Peintre plasticien, il a exposé à plusieurs reprises ses créations dans des galeries parisiennes. Il explique : « L’art évite les palabres inutiles. Tout est sur la toile. Tout est sur la toile, surtout ce qui n’y est pas. J’ai commencé par imprimer des listings bancaires – ceux de Clearstream – sur des toiles. Puis j’ai écrit sur ces listings. La confrontation de ces deux univers – le langage froid et numérique de l’argent, mon écriture rageuse ou hésitante – créait une émotion doublée d’un paradoxe. »

    Pour clore ce portrait (succinct), une des dernières productions de Denis Robert est « Cavanna, même pas mort », un film documentaire sur François Cavanna, écrivain et fondateur de Hara Kiri et de Charlie Hebdo, lui aussi personnage hors-norme. Projeté pendant le dernier festival de la BD d’Angoulême après le 7 janvier, le film a été diffusé le 8 avril sur la chaine câblée Toute l’histoire, et devrait sortir dans en salle prochainement.
    Dans Télérama, Denis Robert raconte : "Je me suis engagé dans ce projet lorsque j’ai réalisé que Cavanna, autrefois adulé par de nombreux lecteurs, était un peu oublié. Quand j’intervenais devant des étudiants, dans des classes d’écoles de journalisme ou devant des futurs documentaristes, si je citais son nom, la plupart ne savaient même pas qui il était ! J’ai donc voulu montrer qu’au-delà de la mort d’un écrivain, sa disparition marque surtout la fin d’une époque journalistique, la fin d’une certaine conception de la presse. Il ne faut pas oublier que sans lui, sans ses combats pour la liberté d’expression, nous n’en serions pas là."


  • Gilles Jacob, Finkie, Jean-Claude Pirotte, et californismes / Revue de presse.

    Fin du festival de Cannes 2014 et surtout fin de parcours pour Gilles Jacob, qui en fut l’âme à partir de 1977.  Dans Bibli Obs,  Jérôme Garcin lui consacre un article qui se termine ainsi :

    412s7T79pPL._SY445_.jpg« Mais celui dont la vie a passé comme un rêve regardera plutôt, en plongée, tous ses amis disparus du septième art, Fellini, Truffaut, Kurosawa, Malle, Chabrol, Pialat, Antonioni, Angelopoulos, Ruiz, Marker ou Resnais. Et, en bas des marches, comme voilé par le soleil couchant de la Côte d'Azur, il apercevra un garçon de 18 ans qui, en 1948, après la projection du « Macbeth » d'Orson Welles, avait conduit André Gide dans sa Citroën et avait osé lui confier : « Plus tard, j'aimerais écrire. » « C'est bien », lui avait répondu l'auteur de « Paludes ». Le jeune homme, c'était Gilles Jacob, qui a consacré ses printemps à l'image et qui offre son hiver à l'écrit. Faut-il y voir une morale ? C'est dans les livres que, désormais, ce grand cinéphile couvert de pellicules se fait son cinéma - dont Cocteau disait que c'est «une encre de lumière ». En quittant Cannes, l'auteur prolifique du « Fantôme du capitaine» et des «Pas perdus», actuellement plongé dans la rédaction d'un roman-fresque, tourne la page, au sens propre. Pour mieux la remplir. »

     
    10365928_692222460823673_901693848739455080_n.jpgA peine élu à l’Académie française, le penseur éruptique désormais immortel Alain Finkielkraut s’en prend au « genre mineur » que représente pour lui la bande dessinée. En guise de réponse, Yann Lindingre, rédacteur en chef du mensuel Fluide Glacial, (photo) lance sur les réseaux sociaux l’opération « #UneBDpourFinkie » et lui propose comme lecture « Maus » d'Art Spiegelman. Une initiative relayée par d’autres auteurs qui lui conseillent, contre l’exclusion et la discrimination culturelle, des livres majeurs tels que « La Ballade de la mer salée », d'Hugo Pratt, « Le Transperceneige », de Lob et Rochette, « Le Cri du peuple », de Tardi, « La Marche du crabe », d'Arthur de Pins, « Blotch », de Blutch, « La Folle du Sacré-Coeur », de Jodorowski et Moebius, « Passions », de Daniel Goossens, ou encore « Un Monde de différence », de Howard Cruse, comme le raconte Le Point.


    Toujours dans Le Nouvel Observateur, un article nous apprend la disparition de « Jean-Claude Pirotte, le poète en cavale ». David Caviglioli écrit « Lui qui avait publié quelques petites choses poétiques à la fin de la vingtaine, il se remet à écrire. Il pioche dans sa lourde mémoire, celle de son enfance triste et de sa cavale vagabonde. Il publie « Journal moche » puis « la Pluie à Rethel », son premier roman. Il est d’ailleurs étonnant qu’on le présente toujours comme un poète, lui qui a écrit « Cavale », « Boléro » ou « Absent de Bagdad ». Des récits éblouissants de style et de liberté, où la vie est décrite comme « un chemin vicinal oublié » qu’on parcourt les mains dans les poches, sans trop savoir où on va. Ses livres sont obsessionnels, mélancoliques, indécis, comme un poète qui a pris la tangente. »

     
    A part ça, les mots « vapoter », « cyberattaque », « Selfie », « hashtag », font leur entrée dans l’édition 2015 du dictionnaire Le Petit Robert. Pour justifier l’arrivée des deux derniers, Alain Rey, linguiste et conseiller éditorial aux éditions Le Robert, précise que pour eux on ne peut pas parler d'anglicismes ou d'américanismes, car il s'agit de « californismes », « la plupart [ de ces mots venant ] de la côte ouest des États-Unis, en particulier de la Silicon Valley » (source Le Figaro).

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