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marjane satrapi

  • Les auteures de bandes dessinées se manifestent

    Les femmes sont souvent bien représentées dans l’édition : romancières, essayistes, mais aussi directrices de collection, maquettistes, illustratrices, et bien d’autres métiers.
    On aurait pu croire la situation quasiment idyllique si la sélection du prochain festival de la bande dessinée d’Angoulême n’avait révélé que sur 30 ouvrages nominés pour l’attribution du Grand Prix, aucun n’avait pour auteur une femme.
     
    Attitude inadmissible pour nombre d’auteures, mais aussi pour certains dessinateurs sélectionnés comme Riad Sattouf qui a annoncé sur Facebook qu’il demandait à être retiré de la sélection. Il sera aussitôt suivi par plus de la moitié des nominés dont Daniel Clowes, Joann Sfar, Etienne Davodeau, Charles Burns, Christophe Blain, Milo Manara, François Bourgeon, etc.
     
    Riad Sattouf écrit « J'ai découvert que j'étais dans la liste des nominés au grand prix du festival d'Angoulême de cette année. Cela m'a fait très plaisir !
    Mais, il se trouve que cette liste ne comprend que des hommes.
    Cela me gêne, car il y a beaucoup de grandes artistes qui mériteraient d'y être.
    Je préfère donc céder ma place à par exemple, Rumiko Takahashi, Julie Doucet, Anouk Ricard, Marjane Satrapi, Catherine Meurisse (je vais pas faire la liste de tous les gens que j'aime bien hein ! )...
    Je demande ainsi à être retiré de cette liste, en espérant toutefois pouvoir la réintégrer le jour où elle sera plus paritaire! Merci ! »

     
    A ce jour, selon Les Inrocks, plus de 140 appellent au boycott du Prix -,
    Les dessinatrices réunies sous le « Collectif des créatrices de bandes dessinées contre le sexisme » font, elles, savoir que « Suite à la publication de la liste des nominés pour le Grand Prix d’Angoulême 2016 pour lequel nous, autrices et auteurs sommes appelé.e.s à nous prononcer, le couperet est tombé : 30 noms, 0 femme. Elles rappellent que « depuis 43 ans, Florence Cestac est la seule femme à avoir reçu cette distinction. Claire Brétecher, pilier du Neuvième Art, n’a elle-même jamais reçu le Grand Prix, repartant en 1983 avec le prix du 10ème anniversaire (prix n’ayant jamais empêché ses lauréats d’être éligibles pour les Grand Prix suivants). Nous nous élevons contre cette discrimination évidente, cette négation totale de notre représentativité dans un médium qui compte de plus en plus de femmes. »
    En réponse à ces accusations, le délégué général du festival, Franck Bondoux, a nié tout sexisme dans les colonnes du journal Le Monde : « Il y a malheureusement peu de femmes dans l’histoire de la bande dessinée. C’est une réalité. Si vous allez au Louvre, vous trouverez également assez peu d’artistes féminines. Le Grand prix regarde vers le passé pour récompenser des auteurs qui ont une œuvre dense. Jusqu'à présent les femmes étaient peu nombreuses.  Je n'exclus pas d'ouvrir la porte à une évolution de la liste. »


    On laissera le mot de la fin (de cette chronique) à la dessinatrice Coco (Charlie Hebdo) qui a déclaré sur France Inter : « Comment ont-ils pu sélectionner les auteurs sans se rendre compte qu'il n'y avait pas de femme ? »


    Epilogue (provisoire) : Le Monde annonce que « Le Festival international de la bande dessinée (FIBD) d’Angoulême fait machine arrière. Dans un communiqué publié mercredi 6 janvier après-midi, sa direction a annoncé qu’elle allait finalement ajouter des femmes à sa liste d’auteurs sélectionnés pour l’obtention du prochain Grand Prix, dont l’annonce sera faite pendant la 43e édition de la manifestation (28-31 janvier). »

     

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    Dessin de Florence Cestac.

  • Cinéma et bande dessinée

    Les bonnes bandes dessinées font-elles de bons films ? Ce n’est toujours pas le cas. Si les albums peuvent s’apparenter à des « story boards » prêts à filmer, le passage de l’image fixe à l’image animée ou réelle n’est pas toujours évidente. A la télévision, les séries passent mieux, Titeuf, le petit Nicolas, Kid Paddle, etc. Même si le résultat est très éloigné de l’œuvre graphique de l’auteur, Zep, Sempé, ou Midam, le public est au rendez-vous.

    josephine-le-film-penelope-bagieu-5.jpgPourtant, ces derniers temps le cinéma a allègrement puisé dans la bd, tous genres confondus : « Boule & Bill », « Superman », « Joséphine », « La vie d’Adèle », « Largo Winch », et bientôt Benoît Brisefer. Et avec des résultats mitigés, les aventures du Lieutenant Blueberry, d’Iznogoug, ou de Lucky Luke, en vrai, n’ont pas vraiment rempli les salles de cinéma.

    En revanche, un succès en salle fait le bonheur de l’éditeur comme l’indique au Figaro Gauthier Van Meerbeeck, le directeur éditorial des Éditions Le Lombard : «Nos deux expériences les plus récentes, L'élève Ducobu et Les Schtroumpfs se sont avérées très positives grâce au succès des films. Les ventes ont d'emblée enregistré une augmentation respective de 69% et de 29%. Une hausse qui a touché tant le fond - déjà existant - que les nouveautés que l'on a sorties dans la foulée ». 

    Mais il ne suffit pas de confier un roman écrit par exemple par un ex-dessinateur, Jean Teulé, à un réalisateur lui aussi ex-dessinateur, Patrice Leconte, pour que la réussite soit au rendez-vous, comme ce fut le cas en 2012 avec Le magasin des suicides. Le cinéaste déclarait en effet au site ActuaBD « Transposer une BD au cinéma peut être un piège. »

    Alors pourquoi aller puiser dans cet univers dessiné des histoires ? En 2010, le producteur Marc de Pontavice expliquait « Il y a une grosse dizaine d’années, le cinéma s’est intéressé à la bande dessinée pour les sujets, les univers qu’il pouvait proposer : c’est normal, parce que la nouvelle génération de producteurs, qui était assez marquée par la bande dessinée, avait envie d’aller chercher des sujets de ce côté-là. La démarche nouvelle, avec Sfar mais aussi Riad Sattouf ou Marjane Satrapi, c’est d’aller vers la BD non pas pour chercher des sujets, mais des auteurs-réalisateurs. J’ai voulu faire ça pour plusieurs raisons : la première, c’est parce que je trouve que les auteurs de bande dessinée nous emmènent en général beaucoup plus loin que les auteurs de cinéma : ils ont une liberté, un sens visuel, créatif qui est très fort. Et surtout, ce sont des auteurs qui, contrairement aux romanciers, dans leur art, savent raconter des histoires et mettre en scène des personnages en composant une image. C’est déjà un pas qu’ils font vers le cinéma. » (source ActuaBD.com)

    C’est ainsi que Marjane Satrapi a connu le succès avec « Persepolis », version animée de ses quatre livres parus à l’Association. Cela lui a permis de récidiver avec un second film d’animation « Poulet aux prunes » tiré d’un de ses livres, mais pour son troisième long métrage « La bande des Jotas », un échec commercial, elle est passée au cinéma traditionnel.

    Par ailleurs, le résultat des adaptations d’albums n’est pas toujours du goût des auteurs. Ainsi Albert Uderzo, un des deux créateurs avec René Goscinny des aventures d’Astérix, n’aime pas  « Mission Cléopâtre », le film d’Alain Chabat qui a quand même fait 14 559 509 entrées (Wikipedia), jugeant dans Le Parisien que le film est « beaucoup trop éloigné de la bande dessinée originale ! ».

    Plus sybilline est la réaction de Julie Maroh, dessinatrice de « le bleu est une couleur chaude » (Glénat) dont Abdellatif Kechiche a tiré « La vie d’Adèle », palme d’or au dernier festival de Cannes. Sur son blog elle écrit « Quoi qu’il en soit je ne vois pas le film comme une trahison. La notion de trahison dans le cadre de l’adaptation d’une œuvre est à revoir, selon moi. Car j’ai perdu le contrôle sur mon livre dès l’instant où je l’ai donné à lire. C’est un objet destiné à être manipulé, ressenti, interprété.
    Kechiche est passé par le même processus que tout autre lecteur, chacun y a pénétré et s’y est identifié de manière unique. En tant qu’auteure je perds totalement le contrôle sur cela, et il ne me serait jamais venu à l’idée d’attendre de Kechiche d’aller dans une direction ou une autre avec ce film, parce qu’il s’est approprié – humainement, émotionnellement – un récit qui ne m’appartient déjà plus dès l’instant où il figure dans les rayons d’une librairie. »

    La bande dessinée, longtemps considérée comme une lecture pour les enfants, a mis longtemps a être reconnue comme un art à part entière, le 9ème, un art tout particulier qui permet à chacun de se faire son propre cinéma.

    Photo, l'affiche du film (raté) adapté des albums de Pénélope Bagieu (Delcourt).

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