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julie maroh

  • Cinéma et bande dessinée

    Les bonnes bandes dessinées font-elles de bons films ? Ce n’est toujours pas le cas. Si les albums peuvent s’apparenter à des « story boards » prêts à filmer, le passage de l’image fixe à l’image animée ou réelle n’est pas toujours évidente. A la télévision, les séries passent mieux, Titeuf, le petit Nicolas, Kid Paddle, etc. Même si le résultat est très éloigné de l’œuvre graphique de l’auteur, Zep, Sempé, ou Midam, le public est au rendez-vous.

    josephine-le-film-penelope-bagieu-5.jpgPourtant, ces derniers temps le cinéma a allègrement puisé dans la bd, tous genres confondus : « Boule & Bill », « Superman », « Joséphine », « La vie d’Adèle », « Largo Winch », et bientôt Benoît Brisefer. Et avec des résultats mitigés, les aventures du Lieutenant Blueberry, d’Iznogoug, ou de Lucky Luke, en vrai, n’ont pas vraiment rempli les salles de cinéma.

    En revanche, un succès en salle fait le bonheur de l’éditeur comme l’indique au Figaro Gauthier Van Meerbeeck, le directeur éditorial des Éditions Le Lombard : «Nos deux expériences les plus récentes, L'élève Ducobu et Les Schtroumpfs se sont avérées très positives grâce au succès des films. Les ventes ont d'emblée enregistré une augmentation respective de 69% et de 29%. Une hausse qui a touché tant le fond - déjà existant - que les nouveautés que l'on a sorties dans la foulée ». 

    Mais il ne suffit pas de confier un roman écrit par exemple par un ex-dessinateur, Jean Teulé, à un réalisateur lui aussi ex-dessinateur, Patrice Leconte, pour que la réussite soit au rendez-vous, comme ce fut le cas en 2012 avec Le magasin des suicides. Le cinéaste déclarait en effet au site ActuaBD « Transposer une BD au cinéma peut être un piège. »

    Alors pourquoi aller puiser dans cet univers dessiné des histoires ? En 2010, le producteur Marc de Pontavice expliquait « Il y a une grosse dizaine d’années, le cinéma s’est intéressé à la bande dessinée pour les sujets, les univers qu’il pouvait proposer : c’est normal, parce que la nouvelle génération de producteurs, qui était assez marquée par la bande dessinée, avait envie d’aller chercher des sujets de ce côté-là. La démarche nouvelle, avec Sfar mais aussi Riad Sattouf ou Marjane Satrapi, c’est d’aller vers la BD non pas pour chercher des sujets, mais des auteurs-réalisateurs. J’ai voulu faire ça pour plusieurs raisons : la première, c’est parce que je trouve que les auteurs de bande dessinée nous emmènent en général beaucoup plus loin que les auteurs de cinéma : ils ont une liberté, un sens visuel, créatif qui est très fort. Et surtout, ce sont des auteurs qui, contrairement aux romanciers, dans leur art, savent raconter des histoires et mettre en scène des personnages en composant une image. C’est déjà un pas qu’ils font vers le cinéma. » (source ActuaBD.com)

    C’est ainsi que Marjane Satrapi a connu le succès avec « Persepolis », version animée de ses quatre livres parus à l’Association. Cela lui a permis de récidiver avec un second film d’animation « Poulet aux prunes » tiré d’un de ses livres, mais pour son troisième long métrage « La bande des Jotas », un échec commercial, elle est passée au cinéma traditionnel.

    Par ailleurs, le résultat des adaptations d’albums n’est pas toujours du goût des auteurs. Ainsi Albert Uderzo, un des deux créateurs avec René Goscinny des aventures d’Astérix, n’aime pas  « Mission Cléopâtre », le film d’Alain Chabat qui a quand même fait 14 559 509 entrées (Wikipedia), jugeant dans Le Parisien que le film est « beaucoup trop éloigné de la bande dessinée originale ! ».

    Plus sybilline est la réaction de Julie Maroh, dessinatrice de « le bleu est une couleur chaude » (Glénat) dont Abdellatif Kechiche a tiré « La vie d’Adèle », palme d’or au dernier festival de Cannes. Sur son blog elle écrit « Quoi qu’il en soit je ne vois pas le film comme une trahison. La notion de trahison dans le cadre de l’adaptation d’une œuvre est à revoir, selon moi. Car j’ai perdu le contrôle sur mon livre dès l’instant où je l’ai donné à lire. C’est un objet destiné à être manipulé, ressenti, interprété.
    Kechiche est passé par le même processus que tout autre lecteur, chacun y a pénétré et s’y est identifié de manière unique. En tant qu’auteure je perds totalement le contrôle sur cela, et il ne me serait jamais venu à l’idée d’attendre de Kechiche d’aller dans une direction ou une autre avec ce film, parce qu’il s’est approprié – humainement, émotionnellement – un récit qui ne m’appartient déjà plus dès l’instant où il figure dans les rayons d’une librairie. »

    La bande dessinée, longtemps considérée comme une lecture pour les enfants, a mis longtemps a être reconnue comme un art à part entière, le 9ème, un art tout particulier qui permet à chacun de se faire son propre cinéma.

    Photo, l'affiche du film (raté) adapté des albums de Pénélope Bagieu (Delcourt).

  • Presse livres

    « La vanité, une passion française ? ». Sous ce titre BibliObs publie un entretien avec Edouard Launet (Le Petit Livre des gros égos - PUF) et Ollivier Pourriol (On/Off, - Nil). Question de David Caviglioli : « Beaucoup des personnages croqués par Edouard Launet ont écrit des livres, de PPDA à Thierry Ardisson jusqu'aux frères Bogdanov. Pourquoi est-il si important de passer pour un écrivain ? » Réponse d’Ollivier Pourriol : « Les célébrités n'ont plus besoin d'être associées à une oeuvre. Elles soufrent donc d'un sentiment d'imposture tant qu'elles n'ont pas produit le livre. D'une certaine manière, elles savent ce qui a de la valeur. J'ai observé ça au « Grand Journal »: le livre est méprisé comme un truc ringard que personne n'a le temps de lire, et en même temps il confère un statut. Ceux qui détruisent le livre sont ceux qui l'admirent le plus. Il y a le temps court de l'intervention médiatique, et le rêve de s'inscrire dans le temps marmoréen de la création littéraire. Camus disait qu'entre le politique et l'écrivain, à la fin, c'est l'écrivain qui gagne. Le plus armé n'est pas le plus puissant. Ces gens-là savent que leur domination ne vaut rien. ça les travaille. »

    Le Figaro l’annonce « Harlequin sort son premier roman lesbien » et commente « Une première en trente-cinq ans d'existence. L'éditeur, qui s'est toujours cantonné aux relations hétérosexuelles, ose rompre avec sa formule proverbiale. Dans la collection HQN (marque numérique d'Harlequin) paraît « Nadya & Elena », une histoire d'amour saphique entre deux athlètes de haut niveau en lice pour les JO de Londres. ». Contatation du quotidien « Après s'être engouffré avec avec la collection « Spicy » dans la brèche du porno-soft ouverte par « Fifty Shades of Grey », Harlequin flirte donc avec «des horizons plus arc-en-ciel». Difficile de ne pas y voir une opération opportune de marketing de la part d‘un éditeur dont l'audace n'est pas, à première vue, une vertu cardinale. »

     « Inferno » de Dan Brown (J-C Lattès) est, selon Livres Hebdo, en tête des meilleures ventes de livres devant « Le meilleur médicament c’est vous ! » du Dr Frédéric Saldmann et « Le gardien de phare » de Camilla Läckberg. L’Express fait passer à Dan Brown son « test de la page 99 » et écrit à propos du nouveau best-seller : « Les antagonistes s'affrontent pour notre plus grand plaisir. Des méchants, très méchants mais un Pr. Langdon absent dans cette page 99. Un page-turner bien ficelé qui semble surfer sur les mêmes vagues que les précédents: complots, intrigue en béton et fin du monde en perspective. Une conversation qui séduit tant elle nous donne l'impression d'être dans la confidence. On l'écoute avec attention. Vite, tournons la page. » 

    Paris Match consacre un article aux films de long-métrages adaptés de bandes dessinées (Astérix, Tintin, Michel Vaillant, Largo Winch, etc.) et passe en revue les échecs et les réussites du genre. Le magazine s’interroge sur le succès de « Joséphine » tiré de la série de Pénélope Bagieu et détaille les prochaines sorties : « Les Nombrils » et surtout « Les Taxis rouges », une aventure de Benoît Brisefer, sont annoncés prochainement sur les écrans. Le cinéma d’auteur s’est aussi entiché du neuvième art, vivier presque intarissable de talents et d’auteurs. On attend avec impatience de découvrir « Quai d’Orsay » de Bertrand Tavernier, adapté de la BD éponyme de Christophe Blain et d’Abel Lanzac, alors que la Palme d’or du dernier Festival de Cannes, « La Vie d’Adèle » est une transposition très personnelle de l’un des succès d’édition de ces dernières années, « Le Bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh, aux éditions Glénat.

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  • La Sainte Valentine en quelques livres

    « Fifty Shades of Grey pimente la Saint-Valentin » titre Le Figaro qui constate le succès de la trilogie écrite par Erika Leonard : « Au départ, ce n'était qu'un roman. L'histoire d'une jeune fille prude, confrontée aux goûts sado-masochistes de son Pygmalion sexuel. Une histoire d'amour à l'eau de rose, pimentée par quelques scènes « crues ». Mais après des millions d'exemplaires vendus, la trilogie de E.L. James est devenue un véritable phénomène de société. À tel point que la Saint-Valentin n'est plus synonyme de chocolats et de bouquets de fleurs, mais plutôt de cravaches et de menottes. »

    Un phénomène que le site Slate.fr cherche aussi à comprendre « Selon Isabelle Laffont de chez Lattès, qui a acheté les droits pour la France, c'est précisément parce que Fifty Shades n'a rien à voir avec la littérature française érotique (de Sade à Anaïs Nin) qu'elle fonctionne. Pour une fois, il ne s'agirait pas seulement de sexe pur (brrrr, quelle horreur!) mais d'amour et de sexe, et d'une héroïne « moderne ». »

    L’amour et la sexualité s’expriment aussi de façon originale dans le dernier roman de Marie Nimier « Je suis un homme » (Gallimard) où elle se glisse « dans la peau du sexe opposé et raconte à la première personne l'univers masculin... et le machisme. » Dans sa rubrique « Style », Le Monde, parle et publie la photo du cadeau qui l’a accompagné tout au long de l’écriture du livre, un vibromasseur en porcelaine, « offert par une petite-cousine », « jamais utilisé » mais qu’elle préfère garder près d’elle sur son bureau « comme un objet spirituel et protecteur, une source d'inspiration. »

    Les livres évoquant le plaisir et le sexe, écrits par des femmes, ont toujours eu leur place dans le monde de l’édition. Parmi ces auteures, on peut citer Pauline Réage (Dominique Aury), Anaïs Nin, Régine Desforges, et on se souvient encore de Catherine Millet qui en 2005 défraya la chronique avec l’essai autobiographique explicite « La vie sexuelle de Catherine M. » vendu à plus de 2,5 millions d’exemplaires.

    L’expression de la sexualité féminine, on la trouve aussi dans la bande dessinée avec le succès en 2006 de l’album « Fraise et chocolat » d’Aurélia Aurita (Les impressions nouvelles) à propos duquel le magazine A vous Paris a écrit « Ici, le sexe et l’amour sont indissociables et Aurélia n’en fait pas de mystère. En dépit de sa tonalité ludique et joyeuse, le livre pourra surprendre. Pour la première fois dans l’histoire de la bande dessinée européenne, une femme raconte sa sexualité, sans fard. »

    Plus récemment est paru (en 2010) le roman-graphique « Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh (Glénat) où Emma, jeune lesbienne aux cheveux bleus, fait craquer Clémentine. Une histoire d’amour adaptée pour le grand écran par Abdellatif Kéchiche et qui devrait arriver dans les salles de cinéma en 2013.

    Le romantisme n’a pas d’époque et l’on peut aussi se plonger dans les lettres qu’écrivait Juliette Drouet à Victor Hugo, et dont l’intégralité est progressivement mise en ligne par une équipe de chercheurs, professeurs de lettres et étudiants de l’Université de Rouen. Petit aperçu :

    « Je t'aime, j'ai le cœur plein d'amour et d'extase. Je voudrais être l'ongle de ton petit doigt ou un cheveu de ta tête pour être toujours avec toi et ne vivre que de toi. C'est bien fou et bien bête tout ce que je te dis là. Eh bien dans mon cœur c'est encore plus fou et plus délirant que ce que je te dis ; les mots n'ont aucune signification auprès de la réalité, je t'aime, je t'adore.

    Je baise vos pieds, vos mains et... le reste. Juliette. »

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    Légende photo : le visage de Joanna Hiffernan qui serait - d’après Paris Match – celle dont le corps aurait inspiré à Gustave Courbet le tableau « L’origine du monde ».


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