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denis robert

  • Les éditeurs sont encore Charlie

    Le drame du 7 janvier 2015 suscite encore l’intérêt des éditeurs. Autour du drame lui-même mais aussi sur les origines du journal Charlie Hebdo. Plusieurs titres sont déjà parus, de nombreux autres vont arriver en librairie d’ici le premier anniversaire de cet événement tragique.

    Premier album, « L’anthologie Tignous » (éditions du Chêne), dessinateur de l’hebdomadaire, assassiné dans les locaux du journal dont la femme Chloé Verlhac présente une sélection de dessins accompagnée de textes de ses amis.

    A paraître le 12 novembre, « C’était Charlie » (Grasset) de Philippe Val qui fût durant 20 ans le directeur du journal satirique. Dans le texte de présentation l’auteur écrit : « Après les attentats du 7 janvier 2015, je me suis réveillé dans un cauchemar : rien de ce que j’entendais ne correspondait plus à la réalité.Certains, effrayés par l’horreur, ou habités par d’obscurs ressentiments, se sont permis de réinventer notre histoire : “Ils sont morts, mais ils l’ont quand même  bien cherché.”Puis, la presse et Internet se sont mis à grouiller d’articles, de dossiers, de tribunes où les fondateurs du second Charlie, dont il ne reste que trois survivants, étaient représentés comme des petits malins qui avaient publié les caricatures de Mahomet pour gagner de l’argent et disparaître avec la caisse.»

    « Deux semaines avec Charlie » (Presses universitaires de la Méditerranée) dont l’auteur Pascal Moliner, m’a annoncé la parution : « Essai de décryptage psychosocial des évènements de janvier 2015. Les tueries des 7, 8 et 9 janvier 2015 ont bouleversé l’opinion française et déclenché une série de mouvements collectifs, de réactions médiatiques et de débats publics rarement observés dans notre pays. Au-delà des explications rapides en termes de choc émotionnel, de sursaut citoyen ou de défense des valeurs républicaines, cet ouvrage porte sur ces évènements un regard original, différent de celui suggéré par les commentateurs médiatiques et les responsables politiques. »

    Plus distancié, « Mohicans » (Julliard), du journaliste écrivain Denis Robert, rend hommage à François Cavanna et au Professeur Choron, créateurs des journaux Hara-Kiri mensuel, Charlie mensuel  et L’Hebdo Hara-Kiri qui deviendra Charlie Hebdo, après son interdiction en 1970. L’auteur propose également une enquête sur les derniers avatars internes de ce titre qui paraît toujours.

    Hara-Kiri mensuel, L’Hebdo Hara-Kiri, des journaux mythiques dont les coulisses ont été immortalisées en leur temps par les photographes Arnaud Baumann et Xavier Lambours et que l’on revoit dans l’album « Le ventre de Hara-Kiri » (éditions de La Martinière).

    On retrouve aussi le Professeur Choron (Georges Bernier) dans « ça c’est Choron ! », un ouvrage volumineux des éditions Glénat, très illustré, qui donne un aperçu de ses nombreuses créations.

    Enfin, on citera « L’après-Charlie » (éditions de l’Atelier), de Jean-Louis Bianco, Lylia Bouzar, et Samuel Grybowski, dont la couverture indique « 20 questions pour en débattre sans tabou ».

     

    Apres Charlie 2015-10-04.png

  • Cavanna l’écrivain

    « Jusqu’à l’ultime seconde j’écrirai », c’est finalement le titre donné par Denis Robert à son film sur Cavanna qui sort dans les salles de cinéma le 17 juin 2015. La télévision a popularisé le personnage - il est souvent passé chez Bernard Pivot et même chez Michel Drucker comme on le voit dans le film -, mais il est surtout connu en tant que complice du Pr Choron avec qui il a fondé des journaux mythiques. Son œuvre littéraire est pourtant tout aussi importante.

    En 2001, à la question de L’Express « Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire ? », il répond « J’ai lu Les Misérables à 9 ans et Dumas à 10. Ça m’a donné l’envie d’en faire autant un jour. Ou tout au moins d’essayer. »
    Toute une vie consacrée à l’écriture, chaque semaine dans Charlie Hebdo et tous les mois dans Hara Kiri mensuel. Des textes du mensuel qu’il réunira ensuite dans Les Ritals, Les Russkoffs (prix Interallié 1979),  Bête et méchant, mais aussi Les Aventures de Dieu,L'Aurore de l'humanité, Les Aventures de Napoléon, au total plus de 60 livres, tous genres confondus.


    Toujours dans L’Express, il raconte à propos du plaisir d’écrire : « J’aime être perdu dans la nuit avec une petite ampoule éclairée et la pénombre autour. C’est magique et ça exalte mon goût de la solitude. Mon égoïsme, disons. Alors, j’oublie tout. Je m’engloutis dans ce que j’écris. Après des heures, je me retrouve tout dépoitraillé, mais avec un paquet de feuilles noircies. Que s’est-il passé ? Je n’en sais rien, mais le tas de pages est là. L’écriture est le point culminant de la solitude. Du plaisir de la solitude fructueuse. On est seul mais avec ce monde intérieur immense qui s’agite. On voit les personnages. Ils sont là, sur la table ; ils courent, ils se battent ; les montagnes se dressent, l’océan rugit. Un monde entier est là qui gigote en vous. »

    Il écrira jusqu’au bout. Dans son dernier livre paru « Lune de miel », il évoque sa maladie de Parkinson et ses conséquences : « Le pire, c'est l'écriture. Vous n'imaginez pas ce que m'a coûté d'efforts ce que vous lisez en ce moment. Ma main ne m'obéit plus. Ce n'est pas tellement qu'elle tremble, ça elle le fait rarement et pas longtemps. Mais elle n'en veut faire qu'à sa guise. J'avais une grande écriture, rapide et très régulière, mon principal souci, quand j'écris, étant d'être compris au premier regard. Si je la laisse faire, ma main, elle tend à griffonner des signes minuscules, lilliputiens, quasi invisibles sur le papier. Ca, c'est les bons jours. Il y a les autres, les plus nombreux, où la rebelle refuse de tracer la moindre lettre identifiable, la salope. Jours de détresse. »

    Lors de sa disparition à 90 ans en janvier 2015, Macha Séry écrit dans Le Monde «Parallèlement au journalisme, Cavanna s'adonnait à l'écriture. Son premier livre, Les Ritals, grand succès populaire adapté à la télévision, l'avait imposé comme un écrivain de premier ordre. Cavanna possédait, en effet, un style magnifique, singulier, mélange d'oralité et de lyrisme sec. Un Rabelais moderne, estimait Pierre Desproges. »


    La bande annonce du film :

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  • Les compensations de Denis Robert

    Etonnant parcours que celui de Denis Robert, journaliste d’investigation, peintre, réalisateur, mais surtout écrivain.

    Journaliste au quotidien Libération, il le quitte en 1995 après 12 ans de collaboration pour écrire des livres sur le monde de la finance, la justice, et le journalisme. Son premier titre sera « Pendant les "affaires", les affaires continuent » (Stock et Livre de Poche).

    En 2001, dans « Révélation$ »,  il s’attaque à la chambre de compensation financière Clearstream, l’accusant d’activités de blanchiment d’argent. Combat du pot de terre contre le pot de fer, pendant dix ans il sera l’objet de nombreuses attaques et de procès pour tenter de le décrédibiliser. Durant toute cette période, il sera soutenu par son éditeur Les Arènes et par Canal+, pour qui il a réalisé plusieurs enquêtes sur le sujet.

    Couv_235609.jpgIl a raconté ce combat dans « La Boîte noire » (Les Arènes, 2002) et « Tout Clearstream » (Les Arènes, 2011). En 2009, l’histoire fait l’objet d’une bande dessinée réalisée avec la participation de Yan Lindingre pour le découpage et de Laurent Astier pour les dessins (« L’affaire des affaires »). Début 2015, les éditions Dargaud ont réuni les trois tomes en un seul volume à l’occasion de la sortie du film « L’Enquête », tiré de l’affaire. En 2010, il sera relaxé de toutes les poursuites engagées contre lui, la justice lui donnant raison sur tout ce qu’il a écrit et estimant qu’il n’a fait que son métier de journaliste.

    Denis Robert est également romancier et a publié onze titres, dont « Le bonheur », « Le milieu du terrain », sur le monde du football, et en 2013, « Vue imprenable sur la folie du monde » (Les Arènes).

    Peintre plasticien, il a exposé à plusieurs reprises ses créations dans des galeries parisiennes. Il explique : « L’art évite les palabres inutiles. Tout est sur la toile. Tout est sur la toile, surtout ce qui n’y est pas. J’ai commencé par imprimer des listings bancaires – ceux de Clearstream – sur des toiles. Puis j’ai écrit sur ces listings. La confrontation de ces deux univers – le langage froid et numérique de l’argent, mon écriture rageuse ou hésitante – créait une émotion doublée d’un paradoxe. »

    Pour clore ce portrait (succinct), une des dernières productions de Denis Robert est « Cavanna, même pas mort », un film documentaire sur François Cavanna, écrivain et fondateur de Hara Kiri et de Charlie Hebdo, lui aussi personnage hors-norme. Projeté pendant le dernier festival de la BD d’Angoulême après le 7 janvier, le film a été diffusé le 8 avril sur la chaine câblée Toute l’histoire, et devrait sortir dans en salle prochainement.
    Dans Télérama, Denis Robert raconte : "Je me suis engagé dans ce projet lorsque j’ai réalisé que Cavanna, autrefois adulé par de nombreux lecteurs, était un peu oublié. Quand j’intervenais devant des étudiants, dans des classes d’écoles de journalisme ou devant des futurs documentaristes, si je citais son nom, la plupart ne savaient même pas qui il était ! J’ai donc voulu montrer qu’au-delà de la mort d’un écrivain, sa disparition marque surtout la fin d’une époque journalistique, la fin d’une certaine conception de la presse. Il ne faut pas oublier que sans lui, sans ses combats pour la liberté d’expression, nous n’en serions pas là."


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