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dan franck

  • Jean Herman - Vautrin, 1933-2015

    « Nous cabriolons sur une poudrière. Et gaffe encore plus! Le fossé se creuse. Nous avançons au-devant d'un ciel de feu! Les sans-papiers, les sans-abri, les chômeurs, les exclus, les rebutés du genre humain glissent et pataugent dans les pépins, les fèces, les étrons du capitalisme. L'horreur économique est visible. Elle pue. Tant pis pour le haut-le-cœur de la société libérale qui veut toujours plus clean, plus aseptisé. Pour ne pas voir son vomi. Pour ne pas risquer de glisser dans sa croupissure.»
    Ce texte qui accompagnait un album de photos de Robert Doisneau (éditions Cercle d'Art -1996) est de Jean Vautrin, pseudonyme de Jean Herman, écrivain, réalisateur de cinéma, scénariste et dialoguiste français, qui vient de disparaître à l’âge de 82 ans.

    yves boisset,dan franck,jean vautrin,jean herman,gérard mordillatUn auteur engagé, dont le polar fera la renommée avec des titres comme Billy-Ze-Kick, adapté au cinéma par Gérard Mordillat ou Bloody Mary. Une renommée qu’il partagera avec un autre auteur, tout aussi engagé que lui, Dan Franck, avec qui il créera en 1987 le personnage de Blèmia Borowicz, dit Boro, reporter photographe des années 1930. Ensemble ils écriront huit tomes de la série Les Aventures de Boro, reporter photographe (Fayard). Deux ans plus tard, il connaît la consécration en obtenant le prix Goncourt pour le roman "Un grand pas vers le Bon Dieu".

    Une de ses grandes œuvres sera aussi l’adaptation en bande dessinée par Tardi, de son livre Cri du peuple, une vaste saga sur la Commune de Paris. Le dessinateur se confie au Figaro sur la disparition de son ami et révèle qu’il aurait voulu donner une suite inédite aux quatre tomes de cette histoire « «J'imaginais qu'il puisse écrire un scénario directement pour la bande dessinée. Mais Vautrin avait besoin d'écrire le roman. Il aurait fallu qu'il écrive le roman, et que j'adapte le roman. Je pensais qu'il aurait pu travailler directement le scénario, dans la mesure où il a beaucoup travaillé pour le cinéma». « On envisageait le retour des Communards dix ans après, de retour de Nouvelle-Calédonie. Qu'est-ce qu'ils étaient devenus? Qu'allait-il se passer? C'est le principe du roman feuilleton. On était l'un et l'autre très attaché à cela. Sa série sur la Première Guerre mondiale, Quatre Soldats français, était fondée sur ce principe, avec ces personnages que l'on suit - et cette part d'improvisation et de fantaisie, qui sont des ingrédients indispensables à ce genre de littérature. On pensait évoluer de la même manière avec la suite du Cri du peuple ».

    Dans Le Figaro, Yves Boisset, avec qui Jean Vautrin a collaboré pour les films Canicule et Bleu comme l'enfer, témoigne : « Sa fin de vie a été marquée par un drame épouvantable, celui de la naissance de son fils autiste. Je pense qu'il a quitté le milieu du cinéma pour pouvoir s'occuper de lui, car écrire et réaliser des films lui prenait énormément de temps. Après cette naissance, Jean est devenu très sensible au sort des enfants. Cela se ressent aussi dans ses œuvres, où l'on remarque la présence de beaucoup de jeunes marqués par la maladie. »

    Pour ce fils, il quittera la ville pour la campagne et confie à  Libération « Si j'écris, ce n'est pas "à cause de lui", c'est "grâce à lui" » « Vautrin y puise également un redoublement de sympathie pour « les éclopés, les bancroches, les usés » rajoute le journaliste Luc Le Vaillant.

     

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