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caroline sayanouanchan

  • Histoire d’une librairie qui a fermé dans le 9-3

    « J'ai quitté le monde de l'entreprise parce que ça n'avait plus de sens. C'est pareil pour la vie politique, je ne vois plus le sens. Je voterai quand même, mais sans conviction. Ouvrir cette librairie, voilà un acte politique au sens étymologique du terme ! Et c'est comme ça que je la conçois, la politique, maintenant ! Pas comme une militante. Comme une citoyenne ! » déclarait Doris Séjourné au blog du Monde Urbains sensibles.

    En 2010, avec Caroline Sayanouanchan, elles ont ouvert une librairie « La Traverse » à La Courneuve en Seine-Saint-Denis (93). Un pari difficile « Il n'y avait rien, c'était un ghetto. Ici encore aujourd'hui, il y a un manque évident de diversité dans la vie commerçante : beaucoup de commerces exotiques, de la mal bouffe, des vêtements premier prix. Les villes voisines, comme Pantin, ont changé quand de nouveaux acteurs économiques sont arrivés, apportant une plus grande mixité sociale. Nous faisons partie de ces nouveaux acteurs venus pousser la ville vers le haut », confiaient-elles en 2012 à Aline Leclerc du Monde.

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    L’enthousiasme n’a pas suffit et, début janvier 2014, l’aventure malheureusement prend fin. Le Parisien raconte « A voir la foule présente dans la boutique, les petits fours et les boissons, on jurerait une inauguration. Et pourtant, c'est tout le contraire qui s'est produit hier à la librairie La Traverse, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Après trois ans d'existence, la boutique de livres de cette ville de plus de 38000 habitants ferme définitivement, faute de rentabilité. « Si seulement, il y avait eu autant de monde tous les jours, on n'en serait pas là. » Cette remarque d'une cliente, tous la partagent. Mais bien trop tard. Doris Séjourné, la propriétaire, organisait hier son baroud d'honneur. Mais à sa manière, c'est-à-dire plutôt dans la bonne humeur que dans les pleurs. « J'ai vécu une formidable aventure, rencontré des gens merveilleux, des écrivains talentueux et, je crois, donné envie à certains de lire. Que demander de plus ? » assure la sémillante libraire. Un regret tout de même : les promesses non tenues. « Le ministère de la Culture, le Centre national du livre, l'Association des éditeurs m'ont aidé à la création, mais m'ont lâché après », assure-t-elle.»

    A écouter sur ce sujet la chronique « Ils ont fait l’actualité » rediffusée au mois d’août par France Info.

    Sous le titre « La Traverse », Doris Séjourné retrace la création de la librairie dans la collection « Raconter la vie ». Premières lignes : « La Traverse est née d’un souvenir d’enfance éclairé par le sourire d’un libraire qui m’invitait à me promener dans les rayons. Chaque livre ouvert était prétexte à la rêverie. Je me perdais pour mieux me trouver. »

    Doris Séjourné est présente sur Facebook.

  • Le bonheur est dans la librairie

    La librairie est le dernier maillon de la chaîne de l’édition. Un maillon essentiel pour la vie du livre mais qui aujourd’hui manifeste des inquiétudes face à Internet, au livre numérique, à l’augmentation de la TVA, et à la hausse des charges qui mettent en péril son avenir.

    Quelques chiffres sur la librairie (source La Croix ) :  

    Le réseau : Le nombre total de points de vente de livres est estimé à 25 000, dont 2 500 qualifiés  de librairies ; 1 000 d’entre eux réalisent de 60 à 75 % du chiffre d’affaires des éditeurs.

    Le marché : La librairie indépendante représente plus de 40 %  de la vente au détail. La proportion atteint 70 % pour « l’édition de création ». (...) Le chiffre d’affaires des librairies a baissé de 5,4 % depuis 2010. Les hypermarchés ont capté 7 %  des ventes entre 2000 et 2010, et Internet 10 %.

    Pourtant certaines librairies font face et tentent d’inverser la tendance.

    Encore des chiffres, ceux-là concernent la librairie Le Bleuet ouverte en 1990 à Banon dans un village des Alpes de Haute-Provence, avec « 77 livres en propriété et 250 en dépôt » et qui aujourd’hui propose 110 000 titres. Son fondateur, Joël Gattefossé, investit actuellement, avec le soutien des banques et des collectivités, 4,4 millions d’euros dans la construction d’un entrepôt de 1500 m2 qui va permettre à la librairie actuelle de se restructurer et d’accroître sa capacité d’accueil en ouvrant un niveau de plus, et en créant une deuxième librairie sur le site de l’entrepôt. L’investissement comprend aussi l’acquisition de livres, et la création d’une librairie en ligne. Son objectif à terme annonce-t-il dans Le Dauphiné « devenir la première librairie de France. »

    Autre librairie, à Paris cette fois-ci, Shakespeare and Company, décrite sur le site Evene.fr: « En plein Quartier latin, Shakespeare joue le rôle de centre névralgique de la communauté culturelle anglophone, voisine des pubs et bâtisses typiquement parisiennes. Fondée en 1951 par George Whitman, c'est aujourd' hui sa fille Sylvia qui s'est installée à la tête de ce qui est devenu, en quelques années, une véritable institution. Comme un trait d'union entre deux cultures, la librairie est aussi un lieu de partage que nombre des plus grands écrivains du XXe siècle ont visité, pour leur plaisir ou pour y donner des lectures de leurs ouvrages. C'est toute une multitude d'événements qui émaillent la vie de cette librairie qu’Henry Miller lui-même décrivait comme « le pays des merveilles des livres ».

    Le blog La Courneuve Urbains sensibles raconte la création, à quelques kilomètres de la capitale, de la librairie La Traverse, par Doris Séjourné et Caroline Sayanouanchan : (...) « Beaucoup n'y croyaient pas au début. Une librairie à La Courneuve ? Pensez-vous ! Je crois que quand le maire adjoint au développement économique et social nous a vues, il s'est dit 'soit j'ai affaire à deux folles, soit ça marche'. Il a été notre premier soutien ! » expliquent-elles. Peu à peu, les élus de l'agglomération adhèrent au projet, les acteurs du livre aussi. Elles décrochent des aides de la DRAC, puis l'appui d'un "Cigales", (club d'investisseurs privé pour une gestion alternative locale de l'épargne solidaire) qui prend des parts dans l'entreprise. "J'ai refait le business plan 12000 fois, je devenais folle, se rappelle Doris. Au début, on a ramé !" » (...)

    « Économiquement, la vie de la librairie est encore fragile. " On a fait une étude de marché, on savait en s'installant que le panier moyen des Courneuviens est bien en dessous de celui de leurs voisins" précisent les deux femmes. Mais une première victoire est bien là, dans la façon toute simple qu'ont les gens d'aller et venir, de sentir, de toute évidence, qu'ils ont leur place ici, quel que soit leur niveau de vie et d'étude. "Ici, il y a beaucoup d'isolement, de manque de considération. Ce n'est pas forcément volontaire mais quand on oublie certains territoires, on oublie les gens qui sont dessus, estime Doris. Nous sommes arrivées convaincues par notre projet, mais humbles. Aujourd'hui on sent que les gens aiment la librairie, parce qu'elle est jolie mais aussi parce qu'ils s'y sentent considérés, même les petits." » (...)

    Dernière histoire de librairie, celle de L’Ange bleu résumée par La Nouvelle République : « Il y a encore quatre ans, l'Ange bleu, c'était une librairie en centre-ville de Vendôme où l'on pouvait venir acheter ses livres et discuter avec le vendeur. La vitrine a fermé lorsque la grande surface culturelle s'est installée. « Leclerc m'a tuER », rigole aujourd'hui Thierry Lequenne, le libraire. « J'ai tout de suite vu mon chiffre d'affaires diminuer. J'ai décidé d'évoluer. » Cette évolution ce sera Internet et le quotidien explique : « S'il vend toujours des livres sur commande (il a 700.000 références disponibles), ce n'est pas avec cela qu'il fait son beurre. Les ouvrages qu'il fait livrer à une boutique partenaire du centre-ville ne représentent que 2 % de son activité. Les salons et autres événements auxquels il participe sont déjà plus intéressants. Mais le gros de son chiffre d'affaires (60 %), il le tire de l'organisation de prix littéraires destinés au jeune public. »

    Les librairies sont peut-être menacées mais elles savent aussi faire preuve d’imagination pour résister et pour évoluer.

    Illustration : bandeau du site Internet de la librairie La Traverse

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