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  • Des lettres qui ont du caractère

    Une des fonctions les plus attractives des tablettes de lecture numériques est de pouvoir régler la taille des caractères. C'est un élément essentiel qui accompagne et favorise le plaisir de la lecture.

    La taille des caractères est importante, mais aussi leur style, l‘interlignage et la justification des lignes qui participent au confort de lecture. Un texte tout en capitales, en italiques ou en gras sera illisible. Composé en caractères trop petits, il sera difficile à aborder.

    Au-delà du type de caractère, le plus couramment utilisé dans l’édition étant le Times et ses variantes, la composition des textes correspond à des règles très précises. Elles organisent les mots, les espaces entre les mots, les lignes, les paragraphes, et surtout la ponctuation qui rythme la lecture. Si aujourd’hui la composition est gérée par l’informatique, les règles typographiques continuent néanmoins à répondre à une volonté de mise en page précise.

    Massin, déjà cité dans ce blog, est un des meilleurs concepteurs de livres actuels et accorde une grande importance à la lettre. Syd Charlus qui lui a consacré un article sur son site écrit « Le style Massin se caractérise d’abord par une tension entre typo et blanc, entre plein et vide. Si l’on écrit, on « mange » du blanc donc de la lisibilité. Si l’on ménage trop le vide, c’est au détriment du texte, donc de la littérature ; ça ne se fait pas. Il faut doser mais aussi être capable de trancher pour ne pas tomber dans le tiède, bien équilibré, glissant sous l’œil comme une pub. Evidemment, dans cet éternel dilemme, la typo joue un rôle essentiel, c’est même l’une des obsessions de Massin qui a travaillé toute sa vie autour de l’idée de « typographie expressive ». En résumé, le caractère choisi symbolise l’atmosphère d’un livre, l’univers d’un auteur. »

    Encore faut-il que ce caractère ait été dessiné, et derrière les noms des polices de caractères universellement utilisées se cachent des créateurs comme Claude Garamond, Cassandre (Peignot), ou Victor Larden qui créa en 1932 pour le quotidien anglais The Times, la police qui portera son nom, ou encore Hermann Zapf, auteur des polices Palatino et Optima. Sans oublier Max Mieddinger créateur en 1957 de l’Helvetica, caractère sans « empattement » qui connut son heure de gloire auprès des graphistes du monde entier avant d’être supplanté par des déclinaisons comme l’Arial ou le Calibri, inventées pour nos ordinateurs.

    Au final, la meilleure typographie est celle que l’on ne remarque pas et qui vous amène à la dernière page d’un livre... ou d’un article ; celui que vous venez de lire utilise le caractère Tahoma, créé en 1994 par Matthew Carter pour Microsoft, en corps 14.

    Alphabet de chats dessinés par Debi Gardner, extrait de "La lettre et l'image" de Massin. Gallimard.

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  • Ecrivains : gloire et beauté

    Un écrivain doit-il être plaisant pour vendre des livres ? En 1978, le passage de l’écrivain américain Charles Bukowski à l’émission Apostrophes de Bernard Pivot, ivre, choqua même le très libertaire Cavanna présent lui aussi sur le plateau. Même si cette scène date de la préhistoire audiovisuelle, on n’imagine même plus qu’une telle situation puisse se reproduire aujourd’hui. Hélas ?

    Depuis quelques années la tendance dans l’édition est à l’auteur photogénique, beau parleur, et lisse pourrait-on rajouter. Vendre un livre, c’est aussi du marketing et il n’y a plus qu’une Amélie Nothomb pour s’affubler en public d’un chapeau étonnant, ou Michel Houellebecq pour apparaître saucissonné dans une parka militaire hors-mode sur le plateau du très tendance Grand journal de Canal+.

    Le site Rue 89 pose même la question Pourquoi les écrivains sont-ils de plus en plus beaux ? La journaliste Clémentine Baron enquête sur cette question « taboue »  et écrit dans son introduction « A défaut du talent incontestable, la plastique de l’auteur est un argument marketing de poids pour les maisons d’édition. »

    Les récentes photos de Marcela Iacub diffusées dans la presse pour accompagner la publication de ne sont pas là pour démentir ce constat.

    En gros, peut-on avoir du succès lorsqu’on a un physique disgracieux, qu’on s’exprime mal, mais qu’on a malgré tout un immense talent ? La télévision a changé le rapport du public à l’écrivain et même si les émissions consacrées au livre sont plutôt rares, elles contribuent fortement à leur vente.

    Le recordman toutes catégories dans le registre des « bons clients » est sans conteste Jean d’Ormesson, séducteur et pétillant octogénaire que toutes les télés s’arrachent. Loin très loin de Patrick Modiano, belle gueule, mais balbutiant quelques mots quasiment inaudibles lors de ses premières prestations télévisées. Il s’est rattrapé depuis.

    En 2011, le magazine GQ consacrait un article aux écrivains les plus stylés les présentant ainsi « Ils ont moins de 40 ans, déjà plusieurs livres au compteur, un look bien à eux ou une gueule d’enfer… Sélection des écrivains GQ qui passent le mieux à l’oral. » Et on trouvait dans cette liste Ollivier Pourriol « Philosophe à jolie gueule », Nicolas Bedos « que les médias kiffent », ou Olivier Rohé « au regard qui en dit long ».

    Côté féminin, le lecteur peut également se laisser séduire par les photos figurant sur les couvertures entre autres de Marie NDiaye, Eliette Abécassis, Véronique Ovaldé, Delphine de Vigan, Amanda Sthers, Nathalie Skowronekx, Yamina Benguigui, auteures qui n’ont pas forcément décidé d’être jolies.

    A tous ceux qui rêvent de littérature, on ne peut donc que conseiller de soigner leur apparence, de travailler leur diction. Ah oui, et... d’écrire un livre.


    Photo : Juliette Drouet et Victor Hugo.

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  • Le temps de lecture

    Ouvrir un livre et se glisser dans une faille spaciotemporelle est un des rares bonheurs encore aujourd’hui accessible à tous. La lecture d’un roman, d’une poésie, d’une lettre, est la possibilité d’un « voyage immobile » qui peut nous amener très loin.

    Pour Christilla Pellé-Douël, journaliste à Psychologies Magazine « La lecture apporte quelque chose de spécifique et d’unique par rapport au théâtre, au cinéma... car le texte que nous lisons n’existe que parce que nous le faisons exister. Le lecteur est actif. Il ne consomme pas, n’absorbe pas passivement : tout son psychisme est mobilisé, non seulement sa capacité de lire, et sa compréhension, mais aussi son imagination. Ce que nous lisons, nous nous le représentons. La description d’un lieu, par exemple, nous permet de nous le représenter avec des couleurs, des odeurs, des images. C’est d’ailleurs pourquoi nous sommes si souvent déçus par une adaptation d’un roman au cinéma : jamais les images ne seront à la hauteur de notre imagination. »

    Si notre imagination s’épanouit, il en est de même du plaisir éprouvé. Captivés par les mots et le récit, le lecteur s’abandonne à la « petite musique » de l’auteur. Un état second virtuel et à nul autre pareil.

    Et pourtant la pratique de la lecture ne semble pas évidente. En 2011, Le Monde constatait « Toutes les études sociologiques le disent : arrivés à l'adolescence, les jeunes "décrochent", les livres leur tombent des mains. Adieu Harry Potter, dégagés Buffy et ses vampires, Fantômette ou Sabrina ! Place aux copains, à la musique, aux longues séances devant l'ordinateur... Selon une enquête réalisée sous l'égide du ministère de la culture et de la communication, ceux - celles, surtout - qui affirment "lire des livres tous les jours" ne sont que 33,5 % à 11 ans, ce maigre pourcentage dégringolant à 9 % quand ils arrivent à 17 ans. A cet âge, les filles sont deux fois plus nombreuses à lire que les garçons. Pire : 14,5 % des enfants de 11 ans disent "ne jamais ou presque jamais lire un livre" et ils sont, catastrophe ! 46,5 %, six ans plus tard, à témoigner sans fard de leur désintérêt. »

    Un constat fataliste qu’il ne faut cependant pas généraliser au risque de désespérer les éditeurs qui aimeraient bien attirer les lecteurs de 5 à 95 ans même si, selon Catherine Simon du Monde « Aujourd'hui encore, plus d'un livre acheté sur cinq est un livre jeunesse. Est-il lu, pour autant ? Car ce sont, le plus souvent, les parents qui achètent - non les ados... ».

     Sur Le blog de l’Ecole des lettres, Pascal Caglar s’interroge à propos de la lecture dans l’enseignement « Il n’y a jamais eu autant de livres publiés et jamais aussi peu de temps consacré à la lecture. La question n’est donc pas : quels livres mettre entre les mains des élèves ? Mais : quel temps dégager pour la lecture ? » L’heure n’est pas aux débats sur les choix des œuvres données à lire (les programmes sont illusions) mais sur les conditions d’accès aux livres (l’aménagement concret du temps dévolu à la lecture). » Une préoccupation déjà manifestée par Denise Dupont-Escarpit spécialiste de la littérature enfantine qui déjà en 1984 se souciait de la « fonction hédoniste du livre » pour les jeunes.

    Des études l’ont démontré, plus tôt on commence la lecture, plus longtemps on garde cette habitude d’ouvrir des livres.

    Photo extraite du blog Au fil des livres...

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