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  • Livres sur prescription

    Qui fait lire des livres, les critiques, le bouche-à-oreille, ou maintenant l’avis des Internautes ? Dans un article publié en mai, Slate.fr fait état d’une étude menée par la Harvard Business School intitulée «Qu’est-ce qui motive une critique ? Les auteurs connectés et les critères qui déterminent les critiques de livres » Slate.fr écrit que « Selon cette étude, les journalistes critiques littéraires et les internautes d’Amazon ont tendance à avoir des opinions similaires sur la qualité d’un livre. Mais les journaux et les magazines sont plus favorables aux auteurs qui ont déjà retenu l’attention des médias ou bien qui ont remporté des prix littéraires. Alors que les critiques des lecteurs sont beaucoup plus favorables aux auteurs débutants, car ils sont plus rapides pour identifier des nouveaux livres ou des auteurs inconnus. »

    Si, comme pour le cinéma, l’avis des critiques n’est pas toujours suivi, il offre à l’auteur une visibilité qui peut toujours attirer la curiosité du lecteur. C’était le cas dans des émissions de télé de Pierre Dumayet (pour les très anciens) ou celles de Bernard Pivot (pour les anciens). Certes, on ne voit plus un chroniqueur jeter à la poubelle des ouvrages qui ne lui plaisent pas comme le faisait Jean-Edern Hallier dans son émission littéraire le « Jean-Edern's Club » sur Paris Première. Aujourd’hui, la critique pure et dure comme on peut parfois en lire dans les colonnes du Monde des livres, ou du Figaro (Yan Moix), fait place à des articles où l’on aborde plus le contenu et la personnalité de l’auteur, que le style. Les experts du livre sont d’ailleurs souvent eux-mêmes écrivains, ou travaillent dans le monde de l’édition, et leur point de vue sur une œuvre peut toujours être entachée de connivence.

    Internet change-t-il la donne ? Le blog des étudiants du master IEC de l’université de Cergy-Pontoise s’interrogent sur l’influence des 400 blogs littéraires existants sur la toile. Plusieurs blogs y cohabitent, ceux des « amateurs », et ceux des critiques professionnels, journalistes, chroniqueurs, éditeurs. L’auteure de l’article Chrystèle Venutolo cite Antoine Vitek qui a effectué une étude sur l’influence des blogs dans le cadre de la réalisation d’un mémoire universitaire, et en conclut que « les blogs n’auraient que peu de poids dans la décision finale d’achat d’un livre. Et ce, pour la bonne raison que les personnes qui lisent les blogs littéraires sont déjà de gros lecteurs eux-mêmes. Ils n’y viennent donc pas pour chercher des idées de lecture. Toutefois, des lecteurs occasionnels peuvent, par l’intermédiaire des moteurs de recherche, trouver des informations sur un livre avant de décider de l’acheter, comme c’est le cas pour plein d’autres produits de consommation. »

    Au-delà de toute pression commerciale ou éditoriale, pour partir à la rencontre d’un livre, il reste le plaisir de la découverte même à partir d’une mauvaise critique, des conseils d’un libraire, des recommandations d’un proche, ou complètement au hasard. Le plaisir de la lecture peut se partager mais ne se décrète pas.

    Photo Eric Naulleau, critique littéraire à Paris Match.

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  • Originaux à vendre

    Les manuscrits, ou les tapuscrits annotés, sont la matrice originelle de l’œuvre d’un écrivain. Il en va de même aujourd’hui pour les pages de bandes dessinées. Ces documents suscitent un véritablement  engouement et leur prix atteint des records lorsqu’ils sont proposés à la vente.

    Le 15 mai 2001, la Bibliothèque Nationale de France enlevait par droit de préemption le manuscrit de « Voyage au bout de la nuit » pour 1,82 millions d'euros (12,184 millions de francs à l'époque). Un vente événement à laquelle participa le comédien Fabrice Lucchini, grand admirateur de Céline et qui lui a consacré plusieurs spectacles, et qui avait déclaré avant la vente qu'il fallait « absolument que ce manuscrit reste en France ». Il avait été vendu par Céline en 1943 au marchand de tableaux Étienne Bignou contre la somme de 10 000 francs et un petit tableau de Renoir, nous apprend le site louisferdinandceline.free.fr. Le même site publie sa description « Écrit à l’encre noire ou bleu-noir sur 876 feuillets (utilisés quelquefois recto verso), de dimension et d’aspect divers (papier ministre, vergé ou quadrillé, certains à en-tête, feuilles de bloc-lettres, feuillets doubles, etc.), le manuscrit est composé de cinquante chapitres ou séquences pour la plupart à pagination indépendante (quelques sections forment des ensembles à pagination continue), d’importance variable, allant de 2 à 42 feuillets ; certains chapitres ont reçu un numéro généralement inscrit au crayon de couleur ; les feuillets étaient assemblés par des trombones qui ont laissé quelques petites traces de rouille ». Une véritable œuvre d’art, qui nous plonge au cœur de la création, loin, très loin de nos clés USB et de leurs contenus virtuels.

    Là est peut-être le secret du prix de ces documents uniques, l’écriture, sa forme, les corrections, les annotations de l’auteur, rendent l’œuvre « humaine » et nous rappellent que les logiciels de traitement de texte ne donnent pas forcément et automatiquement du talent.

    Si le texte fascine, l’image aussi. Le 2 juin 2012, un dessin à la gouache d’Hergé réalisé en 1932 pour la couverture de l’album de bandes dessinées « Tintin en Amérique » a été vendue 1,3 millions d’euros par Artcurial à Paris. Quatre ans auparavant, elle avait été acquise par un tintinophile anonyme pour 764 200 euros. A ceux qui continueraient de penser que la BD ne rentre toujours pas dans la catégorie des livres, il faut préciser qu’il s’est vendu dans le monde plus de 250 000 millions d’exemplaires des aventures de Tintin.

    Preuve supplémentaire que les manuscrits originaux sont des choses précieuses, le rocambolesque parcours de ceux de Franz Kafka. Quelques temps avant sa mort, l’auteur demande à son ami Max Brod « Mon cher Max, ma dernière requête : tout ce que je laisse derrière moi doit être brûlé sans être lu. ». Non seulement celui-ci n’en fit rien mais publia « le Procès », « le Château », « l'Amérique » et « le Terrier », textes qu’il découvrit après la mort de son ami. La suite est racontée en 2009 par Le NouvelObs.com : « En 1939, Max Brod fuit Prague alors que les nazis y entrent. Il s'installe à Tel-Aviv, avec une valise contenant  les papiers de Kafka. Il fera don des manuscrits de « l'Amérique » et du « Château » à la bibliothèque d'Oxford, mais gardera « le Procès ». Lorsqu'il meurt en 1968, il est l'homme qui a sauvé deux fois de la destruction les originaux de l'une des plus grandes œuvres littéraires du siècle.» L’histoire ne s’arrêtera pas là et la revendication de la propriété de ces textes donnera lieu à des batailles interminables entre exécuteurs testamentaires et héritiers, même si ceux-ci arriveront à vendre en 1988 à l’Allemagne le manuscrit du « Procès » pour 1,98 millions de dollars. L’intégralité de l’histoire racontée dans Le NouvelObs.com.

    Manuscrit de Balzac vu sur le site Ecriture Créative :brouillonbalzac.jpg

  • Des prix et des livres

    Lu dans Le Parisien cette semaine, « Avec 646 romans français et étrangers programmés entre août et octobre, la production de la rentrée littéraire 2012 recule très légèrement par rapport à l'an dernier, annonce vendredi Livres Hebdo, et ce millésime 2012 recèle plusieurs pépites françaises et étrangères ».
    646 titres, cela reste un nombre important même si Livres Hebdo souligne la baisse de la production, après 654 romans en 2011 et 701 en 2010, et « dénote la relative prudence des éditeurs dans un contexte économique tendu ».

    La rentrée littéraire est devenue, en France, un rituel éditorial, médiatique et commercial, qui prépare... la saison des prix littéraires. Une situation que Claude Durand, grand manitou de l’édition résumait ainsi en 2010 dans un entretien sans langue de bois donné au Figaro « Les rentrées littéraires sont faites pour les prix. En admettant que ceux-ci soient utiles, je pense que la rentrée littéraire devrait intervenir à la veille des moments où les gens vont avoir le plus de loisir pour lire, c'est-à-dire avant l'été. Mais c'est compliqué : il faudrait que les librairies urbaines restent ouvertes, que la critique littéraire accepte de donner sa pleine mesure à la saison des bains de mer, etc. Alors les nouveautés, au lieu d'avoir six semaines de vie, auraient trois à quatre mois pour s'offrir au public. Les œuvres les plus vulnérables auraient plus de chances de ne pas être laminées. »

    Et les prix sont nombreux, aux plus anciens comme le Goncourt, le Fémina, le Renaudot, l’Interallié, sont venus se rajouter ces dernières année le Prix du Livre Inter, le Prix Wepler-La Poste, le Goncourt des lycéens, le prix du Polar-SNCF, entre autres, sans oublier parmi les plus récents celui créé par Le Monde au mois de juin 2012.

    Tous genres confondus, livres de cuisine, de voyages, de bande dessinées, etc., le site Prix-litteraires.net  dénombre pas moins de 2045 prix attribués à des livres, d  Bretzel d'Or - Expression Littéraire Régionale, au Grand Prix Littéraire Jean D'Ormesson, en passant par le Prix de la Madeleine d'Or du Cercle Littéraire Proustien et le Prix Découverte Figaro Magazine-Fouquet's. Les prix prestigieux, ou un peu moins, ont pour vocation d’attirer l’attention du public sur un ouvrage et sur l’auteur d’autant plus que la presse se fait facilement le relai des choix de ces jurys.

    Les prix littéraires sont aussi l’occasion de susciter d’innombrables débats – franco-parisiens - autour de leur existence et de leur utilité. En 2009, Claude Durand déclarait à L’Express à propos du « système des prix » français « Lorsque j'en suis directement victime, cela me met en rage. Tel fut le cas avec "La Possibilité d'une île", de Michel Houellebecq, en 2005. Je trouve certaines manœuvres plutôt répugnantes. Mais quand je ne suis pas concerné, j'observe plutôt cela avec un sourire goguenard... ». Une rencontre sur ce thème a même été organisée en 2010 par la BPI, avec la participation de trois auteurs et introduisait ainsi la discussion « Avant de brûler les prix littéraires, peut-être pouvons nous continuer à progresser dans leur réforme vers plus d’indépendance, notamment à travers le système du jury renouvelable... ». Quant à la chaîne France 24, elle s’interrogeait en 2011 : « Médiatisation excessive, académisme ronflant, copinage à peine voilé… les griefs formulés à l’encontre de l'illustre prix sont légion mais n’ont jamais réellement entamé la frénésie médiatique que suscite son attribution. »

    Pour ou contre les prix littéraires, l'objectif est finalement de parler du livre et d’amener dans les librairies des lecteurs qui pourront se faire leur propre opinion. Une autre chose est sûre cette année..., le meilleur prix sera celui du livre lui-même, si l’on en croit le ministère de la Culture qui annonce un retour à la TVA de 5,5%.

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