Avertir le modérateur

  • La disparition des "nègres-littéraires"

    Dans un communiqué officiel le Ministère de la Culture a indiqué dans un communiqué officiel que, « Considérant que le terme "nègre (littéraire)" est inapproprié pour désigner la fonction ou le métier d’écrivain de substitution, il est proposé, après consultation des membres de la Commission d’enrichissement de la langue française, d’employer le terme « prête-plume », notamment utilisé en Amérique du Nord, ou encore, en fonction des contextes, les termes "auteur ou écrivain ou plume cachée", voire "auteur ou écrivain ou plume de l’ombre" »

    Une nouvelle victoire pour le CRAN qui avait déjà fait débaptiser des pâtisseries nommées « Négro » et « Bamboula ». 

    Dans un article très documenté publié par Slate, Emeline Amétis nous raconte les origines de ce terme encore employé dans le monde de l’édition et des médias : « Il y a toujours eu des écrivains qui se faisaient aider de collaborateurs, et c'est ainsi qu'ils se faisaient appeler : des « collaborateurs », ou « secrétaires » selon Jean-Yves Mollier, professeur d'histoire à l'université de Versailles et co-auteur de « L'histoire de l'édition, du livre et de la lecture en France aux XIXe XXe siècles ». Ils devinrent « nègres » au XVIIIe siècle, et surtout au XIXe. « Saint-Simon (que cite le dictionnaire Littré) parlait de faire travailler quelqu’un "comme un nègre", et c’est au milieu du dix-huitième siècle qu’on a commencé d’appliquer le mot aux écrivains », raconte le professeur de sociologie Eric Fassin, dans un article publié sur Mediapart. »

    "prête-plume", Alexandre Carjat, CRAN, Emeline Amétis, Slate, Eugène de MirecourtC’est Alexandre Dumas, à son corps défendant qui va « populariser » le terme. Lui-même fait appel a de nombreux collaborateurs qui participent à son énorme production littéraire. Eugène de Mirecourt le révèlera publiquement dans le livre « Maison Alexandre Dumas & Cie, fabrique de romans » expliquant que ceux-ci « se ravalaient à la condition de nègres ». Plus tard, nous dit Slate « le fils d'Alexandre Dumas dira lui-même de son père métis qu'il était un « mulâtre qui a des nègres ». L’expression restera, adoptée par les maisons d'édition et reprise par les médias. Le politiquement correct oblige aujourd'hui, au mieux, aux guillemets et à l'ajout de l'adjectif « littéraire » à celui qui était juste « nègre » hier. »

    Fini donc les « nègres littéraires », une appellation qui visait bel et bien une race, mais à qui étonnamment on a préféré une expression déjà en vogue au 17ème siècle, tout en sachant que en 2017 peu d’écrivains utilisent encore la plume pour écrire. Le débat n’est peut-être pas terminé.

    Photo : Alexandre Dumas par Etienne Carjat.

  • La disparition de Françoise Héritier

    9782738139566.jpg« Décès de l'anthropologue Françoise Héritier, l'amoureuse des "ailleurs" » (France Culture), « Françoise Héritier, anthropologue et grande figure du féminisme, est morte » (Le Figaro), « Mort de Françoise Héritier, "spécialiste des sociétés humaines et de l'esprit humain" » (France Inter) Les médias sont unanimes pour célébrer cette anthropologue, ethnologue, essayiste et féministe, disparue le jour de son anniversaire, et qui venait de voir l’ensemble de son œuvre couronné par un prix spécial du jury du Prix Fémina.

    Ces dernières semaines, son livre « Au gré des jours » (éditions Odile Jacob) dans lequel elle parle de ses petits bonheurs de vivre, avait suscité nombre d’articles, interviews, et invitations sur les plateaux télé comme La Grande Librairie (vidéo ci-dessous) où elle évoque son esprit de curiosité et son goût pour le mot juste.

    F.Heritier.png

    Dans un récent entretien accordé à Annick Cojean et publié par Le Monde elle rajoutait « J’ai cette propension à jouir du moment présent, sans anticiper sur les joies du lendemain. A tout apprécier. Jusqu’à l’éclat du soleil d’automne que j’aperçois à cet instant à travers la vitre. » Et sur France Culture elle confirmait « C'est le cours de la vie qui m'a appris à trouver de la joie dans les petites choses et dans le simple fait de vivre".

    Disciple de Claude Lévi-Strauss à l'Ecole pratique des hautes études elle entre au Collège de France en 1982. Françoise Héritier a publié de nombreux livres sur ses sujets d’études notamment sur la domination masculine, thème qu’elle a abordé en 2002 dans les deux tomes « La pensée de la différence » et « Dissoudre la hiérarchie » de son livre « Masculin-Féminin » (Odile Jacob). Au mois d’octobre elle déclarait à ce sujet sur France Inter « L’humanité est l’espèce la plus stupide : c’est la seule où les mâles tuent leurs femelles. »

    « II y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d'exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c'est de cela que j'ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie. » Françoise Héritier, « Le sel de la vie » (Odile jacob) 2012.

    Apprenant son décès Odile Jacob son éditrice a écrit « Au-delà de ma tristesse, je garderai en mémoire le souvenir d'une femme d'exception : grande intellectuelle, mais sensible, modeste et profonde. Elle était une amie. Elle était et restera un modèle. »

  • Quelques petites choses à savoir sur le dernier prix Goncourt

    lordre_du_jour.jpgPublié fin avril 2017 « L’ordre du jour » d’Eric Vuillard était déjà un succès de librairie.

    Comme le souligne Le Monde, le livre de petit format (10 x 19cm) compte 150 pages.

    « L’ordre du jour » raconte les circonstances de l’annexion fulgurante de l’Autriche par Hitler en 1938.

    Son auteur né en 1968 (4 mai) à Lyon a déjà publié huit livres. Il est également cinéaste et a réalisé deux films, « L'homme qui marche » et « Mateo Falcone ».

    Eric Vuillard vit à Rennes.

    Les éditions Actes Sud qui publie « L’ordre du jour » étaient dirigées il y a encore quelques mois par Françoise Nyssen aujourd’hui ministre de la culture. Ce qui, d'après les commentateurs, n'aurait eu aucune incidence sur le choix des jurés.

    La mention « Récit » figure » sur la couverture, généralement le jury Goncourt ne sélectionne que des romans.

    Le jury du Goncourt l’a désigné au troisième tour de scrutin, par six voix contre quatre. Au sein des jurés, Patrick Rambaud est un de ses principaux soutiens.

    Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt a déclaré sur France Inter : « S'il n'avait pas eu cette écriture, Eric Vuillard n'aurait jamais eu le Prix Goncourt ».

    Avant le Goncourt, Eric Vuillard s’est vu attribuer depuis 2010 plusieurs prix dont le prix Joseph Kessel en 2015 et le prix Alexandre Vialatte en 2017.

    BiblioObs nous apprend 10 choses à savoir sur l‘auteur, et entre autre que « des librairies se seraient même inquiétés de voir récompensé un livre qui ne coûte « que » 16 euros. »

    Pour terminer, donnons la parole au lauréat (cité par Ouest-France) : «C’est toujours utile de relire l’histoire. Il y a des coordonnées qui se répètent, la concentration du pouvoir économique, la restriction des Libertés publiques. Nous vivons une époque trouble. L’acte d’écrire me permet d’y voir plus clair.»

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu