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  • L’album Catharsis de Luz

    5 mois après la tuerie de Charlie Hebdo, comment en parler, comment continuer à travailler dans ce journal ? Le dessinateur Luz qui, à quelques minutes près, a échappé au massacre mais a été un des premiers présents sur place après le départ des tueurs, a voulu dans un album poignant tenter d’exorciser par le dessin, la douleur de la perte de ses amis et l’état de sidération dans lequel ces événements dramatiques l’ont plongé.

    Dans Libération Quentin Girard écrit : « Luz ne propose pas de grandes théories ou analyses sur les événements, il parle aux tripes, aux siennes et aux nôtres. Parfois, il pleure, l’émotion est palpable. Mais le désespoir ne l’arrête pas, car, autant qu’un album sur le traumatisme, Catharsis est une déclaration d’amour. A Camille, sa femme, très présente dans l’histoire, qui le sauve de la folie et de la dépression infinie. »

    L’hebdomadaire Les Inrocks écrivent dans la présentation d’un entretien avec l’auteur : « Catharsis raconte l’histoire d’après, et de celle-là, on ne sait pas grand-chose : celle d’une guerre psychologique et intime contre la folie qui s’immisce dans la brèche ouverte par la perte intolérable et l’enfermement. Comme son auteur qui, pendant des mois, fut branché sur un courant alternatif le faisant passer du rire aux larmes, Catharsis joue une partition à plusieurs voix entre détresse et joie, violence et tendresse infinie. Avec comme fil rouge, ce regard malicieux et généreux, profond mais jamais sérieux, même dans les moments de désespoir – la patte de Luz, qui dessine ici une œuvre à son image : fantasque, drôle, touchante et sensible. A chaque nouvelle planche, Luz reconquiert un peu de ce terrain perdu face à la peur pour se jouer au final du désespoir, de la violence et du chagrin. »

    Luz, Charlie Hebdo, Catharsis, Les Inrocks, Daniel Schneidermann , Quentin Girard, On le sait, nombre de journaux en ont parlé, Luz a décidé de prendre du recul par rapport à Charlie Hebdo, une décision personnelle abondamment commentée, et il a également annoncé ne plus vouloir dessiner Mahomet, une décision critiquée, mais que défend Daniel Schneidermann sur le site Arrêt sur Images dans un article consacré à Catharsis : « Luz ne dessinera plus Mahomet. Oui, Luz déserte ce combat-là. Et alors ? On aimerait trouver les mots pour leur faire comprendre, à Bougrab et à tous les petits soldats, la victoire que constitue cette désertion. Leur faire comprendre, toucher du doigt, ce que ça demande, de dessiner les Kouachi enfants, l'harassement, la victoire sur soi, leur faire comprendre au prix de quel effort un tel dessin peut sortir des profondeurs des tripes pour se poser pantelant sur la feuille blanche, leur faire comprendre combien cela exige, en un mot, du courage, tellement plus de courage que pour dessiner Mahomet. »

    Les grandes tragédies ont souvent inspiré des témoignages forts, Catharsis (Futuropolis) est de ceux-là.

     

  • Carnets de notes

    Appli dictaphone, ordinateur, tous les moyens sont bons pour noter les idées qui nous viennent à l’esprit et qui deviendront peut-être plus tard, un roman, ou pas. Mais depuis toujours les carnets et les cahiers sont les principaux refuges de nos pensées, inspirations et secrets. Des entreprises se sont spécialisées dans leur production.
    posizione1_notebook_230.jpgMoleskine, vous ne connaissez pas forcément le nom mais vous avez du voir leur présentoir à carnets dans une librairie ou à la FNAC. Difficile de résister à leur attrait (malgré le prix), même si, dans l’instant, on n’en a pas l’utilité.
    Un carnet « Un simple rectangle noir, des angles arrondis, une couverture retenue par un élastique, une pochette intérieure : un objet anonyme et parfait dans sa sobriété » utilisé par Hemingway, mais aussi Picasso, Matisse, Stéphane Mallarmé, Guillaume Apollinaire, Jean-Paul Sartre, selon un mythe entièrement inventé de la société milanaise Modo Modo puisque ces carnets ont été créés en 1997. Une légende dont le journaliste Pascal Riché a dévoilé en 2009 sur le site Rue 89 tous les secrets du marketing.

    carnets.jpgLe quotidien 20 minutes de son côté racontait très récemment l’aventure des trois créatifs qui ont lancé Papier Tigre : « Le papier est mort, vive le papier!» A l’heure du tout numérique, qui aurait parié qu’une petite entreprise allait apporter un nouveau souffle à la papeterie ?  Papier Tigre semble pourtant avoir réussi à le faire en moins de quatre ans. A ses débuts, la marque vendait 6.400 carnets. Maintenant, ils sont 12.000 à être achetés pour chaque collection. » Sur leur site, les fondateurs, Julien Crespel, Agathe Demoulin et Maxime Brenon, écrivent dans leur présentation « Nous concevons, fabriquons et distribuons des objets malins pour sublimer le quotidien. » Papier Tigre propose deux collections de carnets par an et édite d’autres objets, des agendas perpétuels, des étiquettes, ou encore Le Primeur qui liste les fruits et légumes de saison.

    Je terminerai cette revue de fabricants de carnets par LCK – La Compagnie du Kraft - qui se présente comme « la manufacture de carnets la plus improductive du monde occidental » mais, ajoutent ses dirigeants : «  C’est ce qui fait son charme ». Une société qui fournit depuis 1930 les carnets aux forestiers professionnels et aux bouchers, et qui aujourd’hui fait appel à des artistes pour créer les couvertures de ses colle­­ctions. LCK développe également un état d’esprit différent en se présentant comme « une petite poche positive de résistance à l’ultra-consommation », et le prouve en encourageant à ne plus acheter de carnets mais à en achetez un seul et à l’utiliser « lentement, totalement. » Dernier conseil sur leur site : « Allez, détendez-vous : écrivez, respirez. »

    LCK.png

     

  • La B.D. documentaire

    La bande dessinée cantonnée jusqu’à présent dans le divertissement, ou le roman-graphique, est de plus en plus présente dans le domaine du documentaire et du reportage didactique.

    000_couv_lrd_07-2ad46.jpgLes lecteurs de La Revue dessinée (vendue en librairies) le savent, on peut s’informer sur de nombreux sujets à travers des récits dessinés. Au sommaire on trouve des sujets aussi divers que « La saga du gaz de schiste », « Les emprunts toxiques », « La NSA toujours à l’écoute un an après l’affaire Snowden », « Les enjeux de l’indépendance en Ecosse », ou « Votre Postier, ce couteau Suisse ». Les textes et dessins très documentés permettent de comprendre simplement des sujets souvent complexes. La Revue dessinée trimestrielle est disponible sous deux formes, en édition papier traditionnelle, de 228 pages (15 euros) et sous forme numérique. Le n°8 – Eté 2015 – sera bientôt disponible.

    Montaigne.jpgAucun thème n’échappe à ce type de bande dessinée documentaire. En témoignent les livres de Marion Montaigne tirés de son blog Tu mourras moins bête où elle vulgarise la science et plus particulièrement celle qui a trait à notre quotidien. Après « La science, c'est pas du cinéma » (2011 - Ankama) et « Quoi de neuf, docteur Moustache ? » (2012 - Ankama), le troisième tome a pour sous-titre « Science un jour science toujours » (Delcourt).

    Le succès, elle le doit à son humour et à sa façon de traiter des sujets importants sans se prendre au sérieux. Par exemple, « Comment perdre son gras ? », « A qui appartient l’espace ? », ou « L’homosexualité est-elle contre nature ? ». Dans un article paru dans Le Monde (rubrique Sciences) elle explique : « Au collège, j'adorais la biologie, la dissection. C'était la seule classe intéressante, avec de beaux posters sur les murs, des choses concrètes. »

    Dans un autre genre, le dernier album de Mathieu Sapin « Le Château » (Dargaud) nous amène dans les coulisses du Palais de l’Elysée où le Président de la République lui a permis d’observer les coulisses du pouvoir. Une liberté accordée à un dessinateur que François Hollande connaissait bien puisqu’il avait déjà suivi sa campagne électorale pour la présidentielle de 2012 (« Campagne présidentielle » (Dargaud) pré-publié dans Libération).
    chateau-le-tome-1-chateau-un-an-dans-les-coulisses-de-l-elysee-le.jpgUn « reportage graphique » dont Le Monde décrit l’intérêt : « S’il se considère plus proche d’un documentariste que d’un journaliste, Mathieu Sapin a été plutôt « gâté » en termes d’actualité durant son séjour sous les ors de la République. Entre l’affaire Leonarda, le départ de Valérie Trierweiler (qu’il n’a pas eu le temps d’interviewer), la démission d’Aquilino Morelle, la nomination de Manuel Valls à Matignon et l’attentat contre Charlie Hebdo, l’Elysée s’est trouvé au centre de toutes les attentions. Installé aux premières loges, le dessinateur a croqué le spectacle sans cesse renouvelé des conciliabules, des réunions, des rendez-vous médiatiques, des déplacements en province ou à l’étranger, en adoptant la posture du candide empathique à qui l’on se confie volontiers. »

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