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Vies et mort du livre

Les livres qui n’ont pas connu la carrière commerciale escomptée ont-ils droit à une deuxième chance ou sont-ils systématiquement recyclés en pâte à papier qui servira à imprimer d’autres livres ?

La première deuxième chance d'un livre dépend de son auteur, a qui l’éditeur doit proposer de racheter à bas prix tout ou partie du stock. Mais dans ce cas, pas question de les commercialiser, tout au plus peuvent-ils être offerts. C’est déjà ça.

Ensuite, il y a les soldeurs. Ces magasins rachètent les stocks de livres invendus pour les remettre en rayons. A Paris, l’enseigne Mona Lisait, « soldeur engagé » est présente avec 9 boutiques, mais on en trouve aussi à Toulouse ou à Toulon. Sur son site on peut lire « Pourquoi le retrouve-t-on quelques années plus tard chez le soldeur au quart de son prix ? Et ce livre d'art, riche d'une iconographie rare, dont la qualité de reproduction laisse pantois l'amateur le plus éclairé, le plus exigeant, comment se fait-il qu'il soit affiché au prix d'un livre de poche dans les bacs de ce même soldeur ? Certains parlent de ces ouvrages comme s'ils étaient au piquet, punis d'une faute inexpiable qu'on ose à peine exprimer. Est-ce donc une honte pour eux de se retrouver parmi d'autres sur les rayonnages d'un soldeur ? Et si au contraire c'était une seconde chance, comme une seconde vie ? » 

Les libraires spécialisés et les bouquinistes, sont eux aussi des refuges pour les livres hors-circuit. On y trouve des livres épuisés, mais aussi des éditions rares, et des conseils de professionnels, véritables amoureux de la chose imprimée. A Paris toujours, les bouquinistes font partie du paysage et la municipalité qui va bientôt rénover leurs « boîtes », souvent d’époque, raconte leur histoire : « Dès le 16e siècle, les colporteurs bouquinistes – libraires forains – parcourent les bords de la Seine, pour finalement y fixer leurs « boîtes » quelques siècles plus tard. Avec la création du Pont Neuf et l’affluence de bouquinistes de plus en plus nombreux, naissent les premières lectures publiques, accompagnées de divertissements musicaux et spectacles de plein air. Lors de l’exposition universelle de 1900, on dénombre déjà 200 bouquinistes sur les quais de la Seine. Avec leurs 900 «boîtes» et leurs 300000 livres anciens ou contemporains, les bouquinistes offrent plus de 3 kilomètres de randonnée culturelle sur les quais de la Seine.»

Enfin, il y a le « pilon ». En 2011, France Culture a consacré une émission au documentaire de Bruno Deniel-Laurent « On achève bien les livres » qui exceptionnellement a pu filmer le pilon de Vigneux-sur-Seine dans l'Essonne : « Les abîmés, les oubliés, les délaissés y sont condamnés. Ils viennent s'échouer au pilon, le cimetière des livres. Sujet tabou de l'édition, les usines de recyclage en charge de leur destruction dressent un mur infranchissable. Impossible d'accéder au trépas des ouvrages. »

Mais le livre est coriace. Des bibliothèques aux vide-greniers, en passant par la numérisation par Google de 400 000 ouvrages devenus indisponibles, il garde de nombreux atouts qui lui permettent de défier le temps.

Photo de Bruno Deniel-Laurent.

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